Category Archives: divers

Farewell Hollywood

This morning I learned that the movie adaptation of my graphic novel
Pyongyang was cancelled. I didn’t have many contacts with the production team
and for two years, since the rights have been sold, I have been informed of
the developments by the internet. I guess it’s the Hollywood way. I
knew that somewhere in California the script was being written and until a
leading actor was picked I didn’t know if it was going to be an animated
feature or a movie. When I sold the rights to a big American production firm
I knew and was frankly happy with the fact that no one was going to ask for
my advice on how to do a screen adaptation.

Steve Carell by Andreas Laszlo Konrath

It’s only in December that things started to get more concrete. It was
announced that Steve Carell would be the lead character in the movie. The
filming was scheduled to start in March in Serbia and I got a phone call
from Gore Verbinski. He shared with me how he envisioned the movie, I was
excited and I feel very disappointed to learn today that the whole thing is
cancelled (I can’t imagine what the producer feels like after working on
this for two years). What saddens me the most are the reasons that lead to
this. One would have imagined that a huge corporation would not bend so
easily under the threats of a group of hackers from North Korea. Apparently
they hit a sensitive nerve.

In 2001, a few months after my return from North Korea, I was sending the
first pages of my book to the animation studio directors who had sent me
there. I thought that they would be amused to read how life was in
Pyongyang, where their TV series was produced. The reaction was cold, I was
told that I wasn’t allowed to talk about my stay over there and that my
contract had a confidentiality clause that prevented me from publishing a
book on the subject.

I consulted with my editor at the time, L’Association, where I had published
my first albums. Jean-Christophe Menu the director of this small publishing
house really liked the idea and the first pages of the book. We looked for
the confidentiality clause and couldn’t find it. Finally he told me: too bad
if we end up in court, it’s a book we have to do.

 

Guy Delisle, December 19, 2014

Adieu Hollywood

Ce matin, j’apprends que le film adapté de ma bande dessinée Pyongyang est annulé. Je n’avais pas beaucoup de contacts avec la production et depuis maintenant deux ans que les droits ont été vendus, j’ai toujours eu connaissance des développements par voie d’internet. J’imagine que c’est la Hollywood way. Je savais que quelque part en Californie le scénario s’écrivait et jusqu’à ce qu’un acteur principal soit choisi, je n’avais aucune idée si c’était un film d’animation ou un film en prise de vue réelle. En laissant les droits à une grosse maison de production américaine, je me doutais bien qu’on ne viendrait pas me demander mon avis et ça me convenait très bien de laisser mon livre se faire adapter.

Steve Carell by Andreas Laszlo Konrath

Ce n’est qu’au début de décembre que tout est devenu beaucoup plus concret pour moi. Il y a eu l’annonce de Steve Carell dans le rôle principal, le tournage était prévu au mois de mars en Serbie et j’ai eu un coup de fil de Gore Verbinski. Il m’a parlé de la façon dont il voyait ce film, j’étais enthousiaste et aujourd’hui de savoir que tout ce projet tombe à l’eau me désole profondément (j’imagine ce que doit ressentir le réalisateur après y avoir consacré 2 ans). Enfin, ce qui me désole surtout ce sont  les raisons qui ont conduit à cette annulation.  On aurait pu imaginer qu’une grosse multinationale résisterait devant les menaces d’une bande de hackers nord coréens. Apparemment, ils ont su toucher là où ça fait mal.

En 2001, quelques mois après mon retour de Corée du Nord, j’envoyais les premières pages de mon album aux directeurs du studio de dessin animé qui m’avaient envoyé là-bas. Je pensais que ça les amuserait de lire à quoi ressemble le pays où ils produisent leurs séries télé. La réaction a été glaciale, on m’a dit que je n’avais pas le droit de parler de mon séjour là-bas, que mon contrat contenait une clause de confidentialité et que je ne pouvais pas faire ce livre.

J’en ai parlé avec mon éditeur à l’époque, L’Association, chez qui j’avais déjà fait mes premiers albums. Jean-Christophe Menu qui dirigeait cette petite maison d’édition aimait beaucoup l’idée du livre et les premières pages. On a cherché la clause de confidentialité sur le contrat sans la trouver. Finalement, il m’a dit : tant pis si on se prend un procès, c’est un livre qu’il faut faire.

 

Guy Delisle, 18 décembre 2014

Disparition

Une ONG brésilienne a utilisé la couverture de mon album (avec mon accord) pour la promotion d’un de leurs programmes. Il s’agit plutôt d’un détournement. Le personnage principal a été gommé ainsi que le cimetière qui se trouve en face de la porte dorée.

arte estagio ffipp

Je ne connais pas la signification de ce détournement mais il est curieux de constater qu’ils ont supprimé toutes les tombes sauf une seule. Pourtant ce cimetière existe bel et bien, il est situé juste en face de cette très ancienne porte par laquelle le Messie devrait entrer dans Jérusalem. Si toutefois il arrive.

Voilà l’original. La première chose qui frappe, c’est la disparition du personnage principale, c’est-à-dire bibi.

Ca m’a tout de suite fait pensé à une exposition que j’ai vue à Arles il y a quelques années d’un artiste qui détournait des photos archi-connues d’actualité.

En voici une.

fate1989-Peking

Et celle d’origine.

StuartFranklin

Il s’agit de Pavel Maria Smejkal extrait de son projet : “Fatescapes”, “les paysages du destin” et on peut en voir plus sur son site ici.

Rolling Stone’s 50 best graphic novels

rollingstone

J’ai l’honneur de faire parti d’un classement des 50 meilleures bandes dessinées selon le magazine américain Rolling Stones.  C’est intitulé comme ça :
The 50 Best Non-Superhero Graphic Novels. C’est là qu’on voit qu’en anglais c’est pas facile de mettre un nom pour décrire une certaine bande dessinée. A un moment, on avait graphic novel pour faire la distinction entre Maus et Spiderman. Sauf qu’il y a des petis malins qui ont fait des histoires avec des supers héros qui lorgnaient pas mal du côté du graphic novel. On pense à Miller ou à Moore. Donc aujourd’hui pour être bien certain qu’on veut parler d’histoires dessinées où on ne trouvera personne avec des supers pouvoirs, on arrive avec Non-Superhero Graphic Novels. wtf
Moi, je dis, vive la bd !

drawnout
Maus est en 3e, je l’aurais mis en premier. David B  8e et premier francophone, tout à fait mérité.

drawnout2
Je suis en 19e. Tintin en 13e .  Tiens, c’est du “graphic novel” Tintin, je comprends plus rien alors.

drawnout3
En 30e L’Incal !? Moi, en 19e devant Mœbius, c’est du grand n’importe quoi.

Père Ubu et les pokémons

Dimanche dernier, mon fils a acheté ce pokémon au marché aux puces.

Cette spirale sur le ventre, ça m’a tout de suite rappelé quelque chose. Après avoir arpenté une ou deux allées sous le soleil qui cognait, j’ai trouvé : le père Ubu, bien sûr. Je ne connais pas le nom de ce pokémon mais je le verrai bien s’appeler Ubuganium ou quelque chose du genre.

Alfred Jarry qui aimait bien faire du vélo et tirer du pistolet dessinait son personnage ainsi. Depuis, il a été remanié mille fois mais on garde généralement la spirale sur le ventre.


1964  Direction: Michael Meschke
© Photo: Beata Bergström

En dessinant, il m’arrive d’écouter de la musique, de la radio et parfois des livres audio ou des pièces de théâtre. Le meilleur souvenir que je garde de cette dernière catégorie reste sans aucun doute Ubu roi interprété par Jacques Dufilho, Claude Pieplu, Jean Richard et toute une bande de rigolos dans un coffret sorti des archives de l’INA. Je l’ai écouté en boucle jusqu’à en connaître quelques passages par cœur.
Quand on pense que la première représentation de ce petit bijou de modernité remonte à décembre 1896, on se dit qu’ils devaient bien s’amuser à l’époque.

Quelques extraits pour le plaisir :

De par ma chandelle verte…

Mère Ubu, t’es ben laide aujourd’hui…

Des choux-fleurs à la merdre..

Politique…

La guerre pas chère…


L’ultime faire-valoir

Je ne sais pas comment ce livre a atterri dans ma bibliothèque mais je suis l’heureux possesseur d’un album de Smilin’Jack. C’est un petit format,  le texte est à gauche façon roman et sur la page de droite se trouve une illustration avec dans le coin supérieur un flipbook. Il est signé de Zack Mosley et daté de 1941.
Smilin’Jack est un pilote d’avion, un speed pilot, il a une tête à la Clark Gable et aime l’action. A l’aéroport, travaille Downwind, qui est toujours prêt à donner un coup de main à son copain Jack. Downwind est ce qu’on appelle un faire-valoir et il remplit ce rôle comme je n’ai jamais vu auparavant.
Car pour ne pas faire d’ombre à son héros, l’auteur a réussi à représenter Downwind sur la totalité du récit sans jamais dessiner son visage. Sur les 47 apparitions de ce personnage secondaire, on le voit 45 fois de trois-quarts dos et 2 fois de face.


première vue de face


deuxième vue de face

Le mystère sur la réelle identité de Downwind plane depuis 1941 et reste intacte jusqu’à ce jour.

La totalité des 47 apparitions par là.
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